Google

Messages sur ce sujet: papeterie artisanale

Le Blog 1001 feuilles


Publié le par

« Papier et émotions », cet été, les créateurs se livrent (3/3) – Pierre Thibaud, responsable de l’écomusée de la papeterie de Vaux en Dordogne : « Le papier est le support qui honore autant le travail de l’homme que son génie créatif et poétique ».

Lire tout le message: « Papier et émotions », cet été, les créateurs se livrent (3/3) – Pierre Thibaud, responsable de l’écomusée de la papeterie de Vaux en Dordogne : « Le papier est le support qui honore autant le travail de l’homme que son génie créatif et poétique ».

 Voici venue notre dernière rencontre de l’été, une rencontre avec un autre amoureux du papier. Pierre Thibaud nous invite dans des lieux magiques et remplis … d’émotions !

 

Mille et Une Feuilles - Bonjour Pierre. Vous avez réhabilité la papeterie de Vaux en Dordogne, où est fabriqué ce que l’on appelle le « papier de boucherie ». Quelles sont les qualités de ce papier ?

Pierre - Le papier dit « de boucherie » est un papier très spécifique, destiné à l’emballage (dont celui de la viande) et fabriqué avec de la pâte de paille de seigle. Cette pâte est très particulière : comme le seigle contient beaucoup d’amidon, il n’est pas nécessaire d’encoller le papier, et comme la couleur n’avait auparavant pas d’importance, il restait brun, couleur du seigle !

Pas de colle, pas de colorant, un papier 100% bio avant l’heure ! C’est un papier extrêmement étanche, cassant et même 70 ans après, ses feuilles sentent encore la paille !

Le papier de seigle s’est développé dans les années 1855 à Saint-Junien en Haute-Vienne et a été fabriqué dans une soixantaine d’usines pendant un siècle, en Limousin essentiellement, avec une pointe en nord Dordogne. C’est là, à Payzac exactement, qu’est située notre papeterie de Vaux. Elle avait fermé ses portes en 1968.

Arjo-Marie a développé pendant un temps du papier de paille de luxe, blanchi. Outre chez les bouchers, ce papier était utilisé dans les « colonies » (essentiellement de l’Océan Indien) pour y plier les fruits locaux et pour faire sécher le savon de Marseille.

A la marge, il servait aussi de support créatif à plusieurs artistes, comme le post-impressionniste Chabot qui a donné son nom au musée régional de PACA. Il a servi aussi pour l’impression de quelques ouvrages : une édition de UBU ROI, des pamphlets politiques et aussi érotiques (« Le Con d’Irène » d’Aragon… ).

 

Mille et Une Feuilles - L’usine de Vaux est la dernière en Europe à présenter une telle chaîne de fabrication intacte. Pourquoi avez-vous choisi de la sauver ?

Pierre - Pour son caractère exemplaire en terme d’unicité. C’est l’unique site industriel de l’histoire du papier de ce type intégralement conservé : une chaîne de fabrication à la forme ronde, avec cylindres chauffants mus par deux roues hydrauliques et aujourd’hui réhabilitées. Unique au monde… dixit la centaine de spécialistes mondiaux de l’IPH (International Paper Historians) qui nous a rendu visite !

D’autre part, le croisement d’une culture rurale avec le monde de l’industrie, dans un cadre naturel très touchant et une mémoire sociale « douce », voire familière, nous on fait nous attacher profondément à cet endroit séduisant et dont on ne se lasse pas.

 

Mille et Une Feuilles - Vous êtes donc aussi un amoureux du papier ! Racontez-nous ce qui vous plaît dans le papier.

Pierre - Il nous faudrait un petit roman pour répondre ! Pourquoi le papier ? Pour son extrême fragilité et son extrême endurance – c’est un miracle permanent. Issu de matières très humbles (pailles, chiffons, bouts de bois, eau…), il est le support qui honore autant le travail de l’homme que son génie créatif et poétique.

Mon papier préféré ? Ce serait un papier qui me touche et dont je n’arrive pas à remonter l’histoire ! Sinon, les beaux papiers vendus aux XVI ème et XVII ème siècles par les marchands hollandais aux imprimeurs et qui venaient quasiment tous… du nord du Périgord.

 

 Mille et Une Feuilles - Il y a un autre site que vous avez voulu sauvé, la forge de Savignac-Lédrier. Pourquoi ?

Pierre - Parce que le Département de la Dordogne, le propriétaire, nous l’a demandé en constatant notre réussite à Vaux ! Nous nous en occupons avec conviction depuis 7 ans, car il s’agit d’un site exceptionnel, témoin d’une très longue histoire des forges en Périgord. Vaux fut aussi une forge, avant d’être une usine à papier.  

 

Mille et Une Feuilles - La papeterie de Vaux et la forge de Savignac-Lédrier, tous deux classés monuments historiques, sont des lieux ouverts au public. Qu’y propose-t-on ?

Pierre - Dans les deux sites, des visites accompagnées et des animations pédagogiques sont organisées. A Vaux, nous avons créé un atelier de fabrication du papier, utilisant beaucoup de pâte végétale, un atelier imprimerie typo, un parcours paysager, il y a des expos, une résidence d’artiste, des concerts…

 

Mille et Une Feuilles - Quel est votre rôle aujourd’hui au sein de ces lieux ?

Pierre – J’y suis responsable du développement muséo et artistique de l’écomusée, de la gestion du personnel et du suivi des travaux avec la commune de Payzac qui est propriétaire du site. Je suis aussi médiateur général.

 

Mille et Une Feuilles - Quel serait votre mot de la fin pour nous donner envie de visiter ces lieux cet été ?

A Vaux, il y fait toujours frais dedans quand il fait trop chaud dehors, et doux quand il pleut ! Sur 1 000 m2, mille histoires vous sont racontées, et vous pourrez y inventer la vôtre !

A la Forge, vous marcherez à la rencontre de cinq siècles d’histoire des hommes du fer, dans un cadre qui aimante les appareils photos et les palettes des peintres.

Merci Pierre !

 

Propos recueillis par Cécile Douay
Rédactrice web 

Lire tout le message